Michel(le) : Un spectacle qui bouleverse les certitudes et invite à la réflexion
Photo du spectacle par Gaëtan Nerincx
Dès les premières scènes, Michel(le) capte l’attention par sa profondeur émotionnelle et son humanité. Plus qu'une simple histoire d’identité de genre, cette pièce explore avec finesse les dynamiques familiales, la quête d’acceptation et les choix difficiles que l’on fait pour se conformer aux attentes de la société. À travers des personnages sincères et des moments de grande sensibilité, Michel(le) nous invite à réfléchir sur les chemins que l’on emprunte dans la vie, tout en offrant une véritable célébration de la force des liens fraternels.
Cadre et contexte de l’histoire
La pièce Michel(le), conçue, écrite et interprétée par Joey Lespérance, est bien plus qu'une simple biographie de sa propre vie et de celle de son frère ou de sa sœur, Michel(le). Ce qui rend ce récit si captivant, c'est la manière dont Joey parvient à tisser deux parcours de vie distincts, mais intimement liés, en parallèle. En assistant à cette pièce, on plonge dans l'histoire de deux individus – Joey et Michel(le) – qui grandissent sous le même toit, partagent les mêmes rêves, mais empruntent des chemins différents en poursuivant un objectif commun : celui de monter sur scène et de se réaliser dans le théâtre.
Michel et Joey Lespérance ont grandi dans le milieu ouvrier du Québec des années 60 et 70. Dès leur jeunesse, ils se passionnent pour les spectacles qu'ils présentent à la famille et aux voisins, Michel enfilant souvent les robes et les talons hauts de leur mère. Mais pour se libérer et tracer leur propre chemin, ils finiront par prendre des directions différentes. Joey deviendra comédien à Vancouver, tandis que Michel, en brillant dans le milieu drag à Montréal, assumera finalement pleinement l’identité de la femme qu’elle a toujours été.
Photo du spectacle par Gaëtan Nerincx
Une narration parallèle qui touche au cœur
L'un des aspects les plus fascinants de la pièce est la manière dont Joey raconte leur enfance commune. Très tôt, les deux rêvent de théâtre : Joey, le comédien, spécialiste des imitations comiques, et Michel(le), passionné(e) par le jeu de la transformation, souvent habillé(e) en vêtements féminins pour s'exprimer. Ces moments d'innocence partagée forment le cœur de l’histoire et créent un lien profond entre les deux personnages, malgré les épreuves qu’ils traverseront plus tard.
Lespérance utilise ces souvenirs d'enfance pour souligner à quel point leurs rêves étaient unis dès le départ. Ce jeu de parallèles est renforcé par les flashbacks constants qui marquent la pièce. Les scènes passent habilement du passé au présent, créant une sorte de danse temporelle qui montre comment, au fil des ans, Joey et Michel(le) continuent de se rapprocher du même rêve, mais avec des parcours marqués par des luttes personnelles et des sacrifices différents.
Malgré la profondeur et la gravité des sujets abordés, Michel(le) parvient à maintenir un rythme fluide. Les flashbacks et les transitions temporelles sont sont intégrés avec finesse, ce qui permet de garder l’attention du public tout au long de la pièce. Il y a des moments de tension palpable, mais aussi des touches d’humour qui allègent l’atmosphère sans jamais minimiser les enjeux émotionnels.
Les thèmes de la perte, de la famille, de l'identité et de la résilience sont traités avec une telle finesse qu'ils s'enchaînent naturellement. On rit, on s’émeut, et on s'interroge tout au long du spectacle, sans jamais se sentir submergé.
Photo du spectacle par Gaëtan Nerincx
Une réponse chaleureuse du public
Le public a réagi de manière très positive à la pièce. Dès les premières touches d'humour, les rires ont fusé, créant une complicité entre la salle et l’acteur. Les moments de tension et de silence étaient tout aussi éloquents, avec une attention palpable du public. Lorsque la lumière s'est éteinte sur la scène finale, on sentait que l’audience avait été touchée par l’histoire de Joey et de Michel(le), partageant un silence respectueux, presque contemplatif.
Photo du spectacle par Gaëtan Nerincx
Un message profond qui invite à la réflexion
En sortant du théâtre, j’ai ressenti un mélange d’inspiration et de tristesse. Michel(le) n'est pas seulement une pièce sur l’identité de genre ou les relations familiales; c'est aussi une réflexion sur le regret, l'acceptation de soi et des autres, et sur les rêves que l'on abandonne en chemin.
Le message principal qui ressort de cette pièce est l'importance de la liberté d’expression de soi, mais aussi les impacts dévastateurs des jugements et des attentes extérieures. La trajectoire de Michel(le), oscillant entre transformation et retour en arrière, montre à quel point il est difficile de trouver sa place dans un monde qui ne nous comprend pas toujours.
Photo de Joey Lespérance par Emily Cooper
À Joey Lespérance : Quel objectif ou message souhaites-tu atteindre en partageant ton histoire ?
« Alors moi, si j'ai un objectif, c'est qu'à chaque fois que je fais un show, un parent voie le spectacle et se dise : "Je ferai attention à ce que je dis devant mon enfant ou mes enfants." Il n'y a rien de plus blessant que de savoir qu'on ne devrait pas être ce qu'on est. »
Un spectacle à voir absolument
Je recommanderais cette pièce sans hésitation. Que vous soyez touché(e) ou non par les thèmes de l'identité de genre, Michel(le) offre une perspective unique sur les relations humaines, la quête de soi, et les sacrifices que l'on fait pour s'intégrer dans le moule familial. C'est un hommage à la résilience et à l'amour fraternel, qui laisse une empreinte durable dans l'esprit du spectateur.